Le LOSC et le Bâton de Bourbotte : la plaie la plus fraîche de Ligue 1

05/08/2026

Il n’existe pas, en Ligue 1 2026-27, de blessure plus fraîche. Le 17 mai 2026, à la 34e et dernière journée, le Bâton de Bourbotte était encore à Lille. Quatre-vingt-dix minutes plus tard, il repartait en Bourgogne : 0-2 contre l’AJ Auxerre, à Pierre-Mauroy, devant son public — perdu à la maison, au dernier jour, contre celui qui le détient toujours.

Carte d’identité

  • Règnes 41
  • Journées passées avec le Bâton 134 (7e au classement historique)
  • Saisons où le club a croisé le Bâton 60, de 1946-47 à 2025-26
  • Premier règne saison 1946-47, perdu dès la 5e journée
  • Dernier règne perdu le 17 mai 2026
  • Plus long règne 12 journées (à partir du 7 novembre 2010)
  • Plus court règne 1 journée (à treize reprises)
  • Perdu à domicile 9 fois sur 41
  • Comme détenteur 134 matchs — 93 conservations, 41 pertes (un nul suffit à conserver le Bâton de Bourbotte)
  • Comme challenger 107 matchs — 41 prises, 66 échecs (seule la victoire le fait changer de mains)

L’historique : quatre-vingts ans en trois vagues

Avec 41 règnes et 134 journées, Lille s’installe au 7e rang historique, entre Bordeaux et Rennes. Un dossier énorme mais fragmenté : 3,3 journées par règne, l’un des ratios les plus faibles du top 7. Le LOSC prend beaucoup, garde peu.

Première vague, 1946-1957 : dix règnes — près d’un quart du total — et 43 journées, rythmés par les allers-retours avec le voisin roubaisien, qui dépouille Lille dès l’exercice inaugural avant de se faire reprendre deux fois, en 1947 puis en 1948. Elle contient aussi le plus large écart des archives lilloises : 10-1 contre Béziers le 8 décembre 1957, Bâton de Bourbotte en main. Suit un trou de presque dix-huit ans, jusqu’au 18 novembre 1975.

Deuxième vague, 1975-1993 : quinze règnes pour 27 journées seulement, dont neuf d’un seul week-end, avant neuf nouvelles années de silence. Troisième vague, depuis le 25 novembre 2001 : la plus productive, seize règnes et 64 journées, près de la moitié du patrimoine lillois, record de douze journées, un règne de neuf en 2014, deux de six en 2008 et 2019.

Les règnes marquants

# Pris à Début Durée Perdu contre Match fatal
1 1946-47 5 journées RC Roubaix Roubaix 1-0 Lille (J5)
5 Rennes 15 mai 1949 9 journées RC Paris RC Paris 3-1 Lille (J8)
10 Nîmes 1er déc. 1957 8 journées Angers Lille 2-3 Angers (J24, à domicile)
30 Brest 7 nov. 2010 12 journées Montpellier Montpellier 1-0 Lille (J24)
32 Montpellier 9 mars 2014 9 journées PSG Lille 1-3 PSG (J37, à domicile)
35 Nice 1er févr. 2019 6 journées Monaco Lille 0-1 Monaco (J29, à domicile)
40 Lorient 30 août 2025 2 journées Lens Lens 3-0 Lille (J5)
41 Paris FC 26 avril 2026 3 journées Auxerre Lille 0-2 Auxerre (J34, à domicile)

Quatre clubs ont livré le Bâton de Bourbotte à Lille trois fois chacun : Montpellier, Rennes, Nice et l’OM. Côté bourreaux, c’est encore l’OM qui domine (4), devant le RC Paris, Saint-Étienne, Angers et Monaco (3). L’OM est ainsi à la fois principale victime et principal bourreau : sept règnes lillois se sont noués ou dénoués face aux Marseillais.

Les enjeux 2026-27

Rappel : le Bâton de Bourbotte change de mains dès que son détenteur perd, un nul, et il reste. Il est à l’AJ Auxerre depuis le 17 mai. Pour le récupérer, le LOSC devra battre celui qui l’aura ce jour-là.

Le problème auxerrois

Huit confrontations Lille-Auxerre en matchs comptant pour le Bâton de Bourbotte, pas une seule victoire lilloise : un nul, sept défaites. Les cinq fois où l’AJA est venue avec le trophée (1984, mars et août 1996, 2005, 2010), elle est repartie avec. Les trois fois où Lille le portait : perdu le 8 août 1987 (2-1), sauvé par un 1-1 le 6 février 2011 au beau milieu du règne record, reperdu le 17 mai 2026. Deux dépossessions à trente-neuf ans d’écart.

Les dates à cocher

  • J1 — dimanche 23 août 2026, 15h00 : Angers-Lille. Le Bâton de Bourbotte, lui, se joue la veille à Bollaert : Lens-Auxerre.
  • Au plus tôt la J4 — samedi 12 septembre 2026 : la date la plus précoce à laquelle le trophée peut revenir à Pierre-Mauroy. Il y faudrait quatre victoires de challenger d’affilée : Lens bat Auxerre en J1, Strasbourg bat Lens en J2, l’ESTAC bat Strasbourg en J3, Lille bat l’ESTAC chez lui.
  • J13 — samedi 5 décembre 2026, 20h00 : Lille-Auxerre. Si l’AJA a encore le trophée, c’est la revanche du 17 mai, au même endroit.

Les anecdotes

L’affiche de la J1 est un procès lillois

La J1 met le Bâton de Bourbotte en jeu entre le RC Lens et l’AJ Auxerre, exactement les deux clubs qui ont dépouillé Lille sur la seule saison 2025-26 : Lens (3-0, J5) puis Auxerre (0-2, J34). Deux fois porteur en un exercice, deux fois délesté : ses deux bourreaux se disputent le butin le jour de la reprise.

La route était le problème, la maison le devient

Historiquement, le Bâton de Bourbotte lillois se perdait ailleurs : 32 des 41 règnes se sont terminés à l’extérieur, contre 9 à domicile. Sauf que la tendance s’est inversée : cinq fins à domicile sur les 31 premiers règnes, quatre sur les dix derniers (2014, 2019, 2020 et 2026).

Les hommes

Un total d’apparitions mélange deux métiers. Rio Mavuba détient le record lillois avec 39 matchs comptant pour le Bâton de Bourbotte : 26 comme détenteur, 13 comme challenger. Franck Béria (37) a surtout défendu — 28 fois détenteur, 9 en chasse, comme Jonathan Bamba (23 et 8) et José Fonte (22 et 7). Benjamin André est le seul du haut de tableau à faire presque jeu égal (16 et 13), devant Florent Balmont (22 et 9), Mike Maignan (20 et 8) et Jonathan Ikoné (20 et 6).

Chez les buteurs, Jean Baratte écrase tout avec 29 réalisations, dont 21 Bâton de Bourbotte en main. Jean Lechantre (13 et 6) et André Strappe (12 et 7) suivent à 19, devant Moussa Sow (10 et 2), Yvon Douis (9 et 1) et Fernand Devlaminck (8 et 2) : trois attaquants qui n’ont quasiment marqué qu’en défendant le trophée. Sur le banc, Christophe Galtier (26 matchs comptant pour le Bâton de Bourbotte) et Rudi Garcia (23) devancent Georges Heylens (17), Claude Puel (16), René Girard et José Arribas (13).

En résumé

Lille aborde 2026-27 en dernier détenteur : 41 règnes, 134 journées, une frustration toute neuve. Le profil est celui d’un récidiviste plus que d’un gardien. Treize règnes d’une seule journée, un seul vrai bail de douze. Le trophée est à portée en J4 mais il faudrait un miracle avec que des changements de détenteur d’ici là.