Le RC Strasbourg et le Bâton de Bourbotte : quarante-quatre règnes mais un seul qui pèse

04/08/2026

Quarante-quatre règnes, 106 journées, dixième place historique : sur le papier, le RC Strasbourg Alsace est un grand habitué du Bâton de Bourbotte. Dans le détail, c’est plus nuancé : vingt-deux de ses règnes n’ont tenu qu’une journée, et une exception fausse toutes les moyennes, vingt et une journées d’affilée à cheval sur 1978 et 1979.

Carte d’identité

  • Règnes 44
  • Journées passées avec le Bâton 106 (10e au classement historique)
  • Saisons où le club a croisé le Bâton 55, de 1946-47 à 2025-26
  • Premier règne 4 mars 1948, pris au FC Metz
  • Dernier règne entamé le 29 septembre 2024 aux dépens de l’OM
  • Plus long règne 21 journées (à partir du 21 avril 1978)
  • Plus court règne 1 journée (à vingt-deux reprises)
  • Fins de règne 9 à domicile, 35 à l’extérieur
  • Victime préférée le FC Nantes (6 prises)
  • Bête noire Rennes (4 fins de règne)
  • Comme détenteur 106 matchs — 62 conservations, 44 pertes (un nul suffit à conserver le Bâton de Bourbotte)
  • Comme challenger 111 matchs — 44 prises, 67 échecs (seule la victoire le fait changer de mains)

L’historique : le passeur qui a gardé le Bâton tout un hiver

Avec 44 prises, Strasbourg est le cinquième club le plus « preneur » du top 20, derrière l’OM (54), Rennes (53), Bordeaux (51) et Lyon (47). Mais avec 106 journées il n’est que 10e : 2,41 journées par règne, seul Rennes faisant moins bien dans les dix premiers (2,36). Et encore, la moyenne est flatteuse : le règne de 1978 pèse à lui seul près d’un cinquième du patrimoine, et sans lui il resterait 85 journées pour 43 règnes, soit 1,98 journée par prise et une quinzième place, à hauteur du Nîmes Olympique.

Les règnes marquants

# Pris à Début Durée Cédé à Match fatal
1 FC Metz 4 mars 1948 3 journées Montpellier Strasbourg 0-1 Montpellier (J28, à domicile)
5 RC Paris 1er octobre 1950 5 journées Sochaux Sochaux 5-0 Strasbourg (J12)
11 Lens 4 février 1962 6 journées Toulouse Toulouse 4-1 Strasbourg (J31)
16 Stade de Reims 9 août 1972 5 journées Angers Angers 1-0 Strasbourg (J6)
19 Nîmes Olympique 21 avril 1978 21 journées PSG PSG 2-1 Strasbourg (J19)
27 Nice 20 août 1994 5 journées Bordeaux Bordeaux 2-0 Strasbourg (J10)
30 Auxerre 3 septembre 1996 1 journée Rennes Rennes 2-0 Strasbourg (J6)
44 OM 29 septembre 2024 2 journées PSG PSG 4-2 Strasbourg (J8)

Après les 21 journées de 1978, le deuxième plus long règne ne dépasse pas six journées (février 1962), devant quatre règnes à cinq journées (1950, 1950, 1972, 1994). Les trente-huit autres tiennent en trois journées ou moins. Le PSG, lui, a mis fin au plus long comme au plus récent.

21 avril 1978 : la prise qui change tout

Ce jour-là, Strasbourg arrache le Bâton de Bourbotte à Nîmes. Le trophée finit la saison 1977-78 en Alsace, y passe l’intersaison, puis traverse les dix-huit premières journées de 1978-79 sans bouger. C’est pendant ce règne que le club signe sa plus large victoire, 6-0 contre Angers le 8 septembre 1978. Le 27 avril 1979, il reprenait le trophée à Bastia avant de le céder à l’OM (1-0) à la 34e journée.

Nîmes est l’adversaire parfaitement symétrique : trois Bâton de Bourbotte pris, trois cédés dont un 6-0 encaissé dans le Gard le 2 septembre 1974, trophée en poche.

Les enjeux 2026-27

Rappel : le Bâton change de mains dès que son détenteur perd. Un nul et il reste. À l’intersaison, il est à l’AJ Auxerre, qui l’a pris à Lille (0-2) à l’ultime journée, le 17 mai 2026. Mauvaise nouvelle : l’AJA est le contraire exact de Strasbourg, 22 règnes seulement mais 90 journées, soit 4,1 journées par règne.

Quatre face-à-face avec Auxerre, zéro défaite

Quatre matchs comptant pour le Bâton de Bourbotte, aucune défaite strasbourgeoise : 1-1 à Auxerre le 6 décembre 1980, Bâton de Bourbotte conservé. 2-2 le 7 février 1982 et 1-1 le 24 juillet 1993, trophée bourguignon préservé. Enfin 2-1 le 3 septembre 1996, seule victoire et seul changement de camp, pour une journée.

Les dates à cocher

  • J1 — vendredi 21 août 2026 : Strasbourg ouvre la saison à Marseille. le bâton n’est en jeu que le lendemain, à Lens.
  • Au plus tôt : J2 — samedi 29 août 2026. Il faudrait que Lens prenne le Bâton de Bourbotte à Auxerre en J1, puis que Strasbourg les batte à la Meinau.
  • J9 — samedi 31 octobre 2026 : Strasbourg-Auxerre, première occasion de déposséder l’AJA, si elle l’a encore.

Les anecdotes

Nantes, le distributeur automatique

Nul n’a autant nourri Strasbourg que le FC Nantes : six Bâtons arrachés aux Nantais en 1974, 1983, 1989, 1995, 2003 et 2019, quand Nantes n’a mis fin qu’à un seul règne alsacien (3-0, le 22 octobre 1994). Soit 6 à 1 face au deuxième du classement, pour onze journées seulement dont trois rendues dès la journée d’après.

Un règne sur deux ne passe pas la semaine

Vingt-deux des quarante-quatre règnes ont duré exactement une journée, pile la moitié, et la tendance s’est durcie : depuis le 22 octobre 1994, les dix-sept derniers n’ont jamais dépassé trois journées. Et quand il part, il part loin : 35 règnes sur 44 achevés à l’extérieur, dont la plus lourde défaite subie Bâton de Bourbotte en poche, 5-0 à Sochaux le 5 novembre 1950.

Les hommes

Porter le Bâton de Bourbotte et le pourchasser, deux métiers différents. Dominique Dropsy mène aux présences, 45 matchs comptant pour le Bâton de Bourbotte, 30 le trophée en main et 15 en chasseur, mais c’est Léonard Specht qui l’a le plus souvent défendu : 31 fois en détenteur pour 13 en challenger. Suivent René Deutschmann (26 détenteur et 16 challenger) et Francis Piasecki (29 détenteur et 12 challenger). Le déséquilibre culmine chez Jean-Jacques Marx et Raymond Domenech, 33 apparitions chacun dont 27 comme détenteur.

Même logique chez les buteurs : Albert Gemmrich domine avec 13 réalisations, dix le trophée en main, et Francis Piasecki comme Casimir Kozakiewicz (10 chacun) affichent le même profil, 8 et 2. Seul Edmond Haan, troisième à 10 buts, inverse la tendance : sept en challenger, trois en détenteur. Derrière, Roland Wagner (7 et 2) et Marc Molitor (4 et 4).

Sur le banc, un homme domine : Gilbert Gress, 31 matchs dirigés, devant Jacky Duguépéroux (13), Thierry Laurey et Robert Jonquet (12 chacun).

En résumé

106 journées, 44 règnes, 10e rang : Strasbourg prend beaucoup et garde peu, à une exception près, vieille de bientôt cinquante ans. Le trophée n’a plus fait halte en Alsace depuis l’automne 2024.